Favoriser la réussite professionnelle des jeunes employés

Lundi 17 février 2014

Les jeunes employés semblent avoir de la difficulté à s’adapter au marché du travail. Ceux qui sont devenus adultes au tournant du siècle, qui font partie de ce que l’on appelle la génération du millénaire ou la génération Y, affirment souffrir de problèmes de santé mentale tels que l’anxiété, la dépression et l’épuisement professionnel, et ce, beaucoup plus tôt dans leur carrière que ce à quoi on pourrait s’attendre. Les répercussions de cette situation sur les employeurs nord-américains sont énormes.

Comme la génération Y constitue la cohorte la plus importante depuis les baby-boomers, les jeunes adultes qui la composent occuperont une place grandissante au sein de la population active au cours des vingt prochaines années. Les employeurs doivent mieux comprendre les questions touchant la santé mentale de la génération du millénaire afin de permettre à leurs employés, et par le fait même à leurs entreprises, d’atteindre leur plein potentiel.

Nés dans une cocotte-minute

« Je crois qu’il existe une certaine forme de déni en milieu de travail », estime le Dr David Posen, M. D., un spécialiste du stress et auteur de Is Work Killing You?: A Doctor’s Prescription for Treating Workplace Stress. Après avoir passé trente ans à conseiller des patients au sujet de la gestion du stress et de l’hygiène de vie et à travailler auprès de diverses entreprises et organisations, il note que « les gens ne sont pas conscients de leur propre niveau de stress. À cet égard, cette jeune génération me semble plus à l’écoute d’elle-même. »

À la fois plus à l’écoute d’eux-mêmes et plus ouverts aux autres, les jeunes de la génération Y sont plus enclins à exprimer leurs émotions et à discuter des médicaments qu’eux et leurs amis doivent prendre, tandis que « les baby-boomers n’auraient jamais parlé de telles choses », souligne le Dr Posen.

La génération Y doit composer avec une pression anormalement élevée. En grandissant dans les années 80 et 90, ils ont pu voir à quel point les institutions traditionnelles sur lesquelles les générations qui les ont précédés se sont toujours appuyées, notamment la famille, le gouvernement et les entreprises, étaient devenues beaucoup moins solides ou fiables.

Grandir dans une culture permissive

Les parents surmenés de ces enfants ont favorisé l’éclosion d’une culture plus permissive dans le cadre de laquelle, par exemple, on accordait un trophée à tous les participants d’une épreuve d’athlétisme ou on encourageait la clémence à l’égard des élèves qui remettaient leurs travaux scolaires en retard. Entrés dans le monde adulte au terme d’une récession, les membres de cette cohorte ont dû et doivent toujours composer avec un taux de chômage qui correspond environ au double de la moyenne nationale, en plus de porter le fardeau de leur dette d’études.

Ils arrivent sur le marché du travail en étant instruits, branchés, très sûrs d’eux-mêmes et débordants d’énergie. Ils ont besoin d’interaction sociale et d’une rétroaction constante. Ils veulent des résultats immédiats et des promotions rapides. Cet état d’esprit particulier fait en sorte que le milieu de travail peut être une source de stress considérable pour ces jeunes.

Les signaux d’alarme dont les entreprises devraient se méfier

« Lorsque nous sommes très stressés, nous avons tendance à mettre notre intuition, notre jugement et notre perception en veilleuse… Bon nombre de personnes ne sont pas conscientes de ce qui est en train de leur arriver », mentionne le Dr Posen. C’est pourquoi il ajoute que « les employeurs doivent s’assurer garder un œil sur la situation sans toutefois avoir l’impression de jouer au travailleur social ou au psychologue ».

Le tableau qui suit décrit les signes de stress dont il faut surveiller l’apparition et l’évolution :

Catégorie

Signes de stress chez vos employés

Physique
  • Semblent-ils fatigués?
  • S’absentent-ils du travail, font-ils des erreurs (surtout si ce n’est habituellement pas le cas) ou leur rendement est-il à la baisse?
  • Souffrent-ils souvent de grippes, de rhumes ou de maux de tête?
Mental
  • Sont-ils particulièrement distraits ou ont-ils des problèmes de concentration?
  • Ont-ils plus de difficulté à prendre des décisions?
  • Leur capacité à résoudre des problèmes a-t-elle diminué?
Émotionnel
  • Sont-ils moins amicaux, moins souriants ou plus brusques?
  • Ont-ils perdu leur sens de l’humour?
  • Sont-ils plus repliés sur eux-mêmes?
  • Notez-vous des signes d’anxiété ou de nervosité (des tressautements du genou, par exemple)?
  • Bien sûr, le stress peut être attribuable à une cause extérieure au travail.

Cinq conseils pour aider vos employés de la génération du millénaire à réussir

Ces quelques conseils pour bâtir un environnement psychologique sain pour les employés de la génération Y seront bien entendu tout aussi utiles pour les employés des autres groupes d’âge.

1. Permettez des pauses régulières

S’il est acquis que les personnes qui s’adonnent à une activité physique comme la construction ou le sport ont besoin d’une pause, selon le Dr Posen, certains employeurs ont tendance à négliger le fait que « le cerveau, comme un muscle, peut avoir besoin de repos ».

Les recherches démontrent que nous pouvons nous concentrer intensément sur quelque chose pendant environ 90 minutes. Dans certaines organisations, les employés ne prennent pas de pause, soit parce qu’ils ne se permettent pas ou parce qu’ils se sentent mal de le faire.

2. Offrez des horaires flexibles

Les jeunes au début de la vingtaine ont encore de l’énergie en début de soirée et ils se lèvent plus tard que leurs collègues plus âgés, en raison d’un phénomène physiologique appelé « retard de phase de sommeil ». Ainsi, leur cycle est décalé d’environ une ou deux heures par rapport à celui de leurs aînés. Qui plus est, les jeunes adultes ont besoin d’environ neuf heures de sommeil par nuit contre environ huit pour les adultes des autres tranches d’âge. « Nous sommes une société en manque de sommeil », soutient le Dr Posen. « La plupart des symptômes associés au manque de sommeil sont en fait des symptômes de stress. »

Les employeurs qui sont à cheval sur les heures de présence au bureau, les heures d’arrivée et les réunions matinales ne tireront pas nécessairement le meilleur parti de leurs employés. En leur offrant une certaine flexibilité, vous leur permettez d’être plus en harmonie avec leur rythme naturel. La productivité, l’humeur et l’attitude n’en seront que meilleures.

3. Jugez le rendement en fonction des résultats et non du processus

Lorsque les employés travaillent selon leur rythme naturel, l’employeur doit oublier un peu les processus pour se concentrer sur les résultats. Donc, si les employés de la génération Y se connectent aux réseaux sociaux, une habitude fortement ancrée dans leur quotidien, ils devraient pouvoir le faire sans subir les foudres de leur patron s’ils savent faire preuve de discernement.

4. N’écrasez pas quelqu’un qui est déjà au plancher

« Si les employeurs voient qu’un membre de leur équipe a de la difficulté et qu’ils commencent à exercer de la pression sur lui, à élever le ton, voire pire… le problème ne fera que grandir et la situation ne fera qu’empirer », remarque le Dr Posen.

5. Le meilleur traitement demeure la prévention

« Une bonne partie du stress en milieu de travail est attribuable à des problèmes de nature systémique non résolus », explique le Dr Posen. Il faut donc tout d’abord reconnaître la présence du problème avant de poser le bon diagnostic et de s’attaquer à ses causes profondes.

Lorsqu’on lui demande de formuler un seul conseil aux employeurs qui ont embauché des travailleurs de la génération Y, le Dr Posen tranche : « soyez à l’écoute, respectueux et flexibles ». Ces jeunes amèneront une énergie, un enthousiasme, une soif de connaissance et une nouvelle perspective dans votre milieu de travail. Ils sont à la recherche de défis à relever, sans toutefois faire de leur carrière le centre de leur vie. « De nombreux baby-boomers pourraient tirer de belles leçons de cette conception du monde professionnel », conclut le Dr Posen.