La cigarette électronique : sans fumée, mais pas sans danger

Mercredi 21 octobre 2015

Depuis son entrée massive sur le marché, il y a quelques années, la cigarette électronique ne cesse de faire des adeptes tant chez les fumeurs de tabac que chez les non-fumeurs, et surtout chez les jeunes.

Qu’est-ce qu’une cigarette électronique?

Il s’agit d’un dispositif muni d’une pile, d’un réservoir que l’on remplit d’un liquide chimique contenant ou non de la nicotine et d’un atomiseur qui chauffe le liquide et le transforme en vapeur d’eau lorsque l’utilisateur (vapoteur) aspire dans l’embout.

Est-elle nocive pour la santé?

Les réservoirs des cigarettes électroniques sont remplis d’un mélange chimique liquide composé de nicotine, de propylène glycol, de glycérine végétale et d’autres substances chimiques, dont des essences. La quantité de nicotine indiquée sur les emballages n’est pas toujours exacte, si bien que même les produits étiquetés « sans nicotine » en contiendraient. Comme il n’existe aucune norme de fabrication associée aux cigarettes électroniques, la composition de ces liquides n’est que partiellement indiquée et varie grandement d’un produit à l’autre. Ce sont la nicotine et le propylène glycol qui inquiètent le plus. La première, parce qu’elle entraîne une forte dépendance et peut affecter le système cardiovasculaire ainsi que la glycémie, et le second, car il peut causer des irritations aux poumons et aggraver des problèmes respiratoires, comme la bronchite et l’asthme. De plus, les effets à long terme du propylène glycol sont encore inconnus.

Peut-elle véritablement aider à cesser de fumer?

Certains médecins croient que la cigarette électronique peut aider leurs patients à cesser de fumer. Toutefois, l’Association pulmonaire du Canada conseille aux fumeurs d’éviter la cigarette électronique et de choisir plutôt des méthodes qui ont fait leurs preuves, comme le counseling individuel ou de groupe, les médicaments pour cesser de fumer et les thérapies de remplacement de la nicotine.

La vente est-elle légale?

Selon Santé Canada, les produits électroniques (cigarettes, cigares, cigarillos ou pipes) et leurs cartouches de solution de nicotine relèvent de la Loi sur les aliments et drogues et nécessitent une autorisation de mise en marché. Jusqu’à maintenant, aucune cigarette électronique n’a obtenu cette autorisation. Santé Canada, qui a diffusé en 2009 une mise en garde1 contre la cigarette électronique, la définit comme une drogue, car elle peut être utilisée pour traiter la dépendance à la nicotine et peut contenir de la nicotine, laquelle modifie les fonctions de l’organisme2. La vente de la cigarette électronique (ou d’autres dispositifs du genre) contenant de la nicotine serait donc illégale tant qu’elle ne sera pas homologuée comme un médicament, ce qui pourrait prendre encore un certain temps. Jusqu’à présent, l’agence fédérale se contente d’envoyer des lettres dissuasives aux commerçants qui vendent des cigarettes électroniques avec nicotine. Au Canada, la vente de produits sans nicotine est permise dans les commerces de détail, à la condition qu’on ne les présente pas comme une aide pour cesser de fumer, car il n’a pas encore été démontré qu’ils contribuent véritablement au sevrage.

Est-ce qu’un vapoteur est considéré comme un fumeur de tabac lorsqu’il fait une demande d’assurance?

La très grande majorité des assureurs considèrent les utilisateurs de cigarettes électroniques comme des fumeurs. Alors que les gens soient fumeurs ou vapoteurs, cela ne fait aucune différence.

Devrait-on l’interdire sur les lieux de travail?

L’usage du tabac est totalement interdit sur les lieux de travail en Ontario, en Nouvelle-Écosse, au Québec, au Manitoba, au Nouveau-Brunswick et en Colombie-Britannique. Par contre, d’autres provinces permettent qu'une pièce équipée d'un système de ventilation distinct soit aménagée sur les lieux de travail. Mais qu’en est-il de la vapeur d’eau contenant de nombreuses substances générées par les cigarettes électroniques? Pour le moment, il n’existe pas de réglementation sur la qualité de l’air intérieur, mais certaines provinces ont déposé des projets de loi règlementant l’utilisation de la cigarette électronique. Par contre, une disposition oblige les employeurs à fournir un lieu de travail sain et sécurisé, et par conséquent, à assurer une bonne qualité de l’air. Selon le Centre canadien d’hygiène et de sécurité au travail, il vaut mieux attendre d’en savoir plus sur les effets à court et à long terme des cigarettes électroniques avant de permettre leur usage sur les lieux de travail.

Un autre danger potentiel a également fait surface dans un rapport diffusé en août 2014 par l'Organisation mondiale de la santé, qui demande l'adoption d'une réglementation pour mettre fin à l'utilisation de cigarettes électroniques sur les lieux de travail et dans les espaces publics. Selon ce rapport, l'aérosol expiré lorsqu'on utilise une cigarette électronique augmenterait les concentrations de certaines substances toxiques, de nicotine et de particules dans l'air3. Voilà une raison de plus de faire preuve de prudence et de ne pas favoriser son utilisation.

1. GOUVERNEMENT DU CANADA. « Santé Canada déconseille l’usage des cigarettes électronique Lien externe au site. S’ouvre dans une nouvelle fenêtre. ». 27 mars 2009.

2. FORTIER, Julie C., et Guylaine LACERTE. « La cigarette électronique en milieu de travail Lien externe au site. S’ouvre dans une nouvelle fenêtre. ». 27 mai 2015.

3. CENTRE CANADIEN D’HYGIÈNE ET DE SÉCURITÉ AU TRAVAIL. « La question du jour : les cigarettes électroniques sur les lieux de travail? Lien externe au site. S’ouvre dans une nouvelle fenêtre. », Le rapport sur la santé et la sécurité, vol. 12, no 8, 2014.