Comment faciliter le retour au travail d’un employé après un burnout

Vendredi 9 septembre 2016

L’employé ayant souffert d’épuisement professionnel (ou burnout) vit généralement de l’anxiété au moment de retourner au travail. Il a peur du jugement de ses collègues et ressent aussi parfois de la honte. Malheureusement, les problèmes psychologiques sont complexes et trop souvent perçus comme des signes de faiblesse ou moins réels qu’une maladie physique1.

En plus d’avoir à affronter le regard des autres, l’employé qui revient au travail après un épisode d'épuisement professionnel doit passer par une phase de réadaptation à son poste et à son emploi du temps. Il doit également reprendre confiance en ses capacités à exécuter ses tâches sans crainte de rechuter. De plus, ses tâches, si elles ont changé, exigeront peut-être de lui qu’il acquière de nouvelles connaissances.

L’employeur a assurément un rôle à jouer pour favoriser cette réadaptation. On ne doit pas oublier que le risque de rechute est possible, surtout si la raison du départ en invalidité est en lien avec le travail. « Sans changement, ils risquent de retomber plus bas », remarque Louise Saint-Arnaud, psychologue, chercheuse et spécialiste de l’environnement psychosocial du travail2.

Pour une réintégration réussie

Le retour au travail ne signifie pas que la guérison est complète, il fait plutôt partie du processus même de guérison. Et la planification du retour au travail a un rôle déterminant à jouer dans ce processus3. De plus, comme l’affirme Mme St-Arnaud, « le secret d’un retour réussi réside dans une double dynamique : l’employeur doit s’impliquer bien avant le jour J et le travailleur doit comprendre qu’il est un acteur clé de son retour4 ». Voici quelques pistes pour préparer le terrain avant le retour au travail et faciliter la réintégration.

Rester en contact avec l’employé pendant son invalidité

L’intérêt et l’empathie que l’employeur peut témoigner envers l’employé en invalidité contribueront à mieux comprendre sa situation. Au moment du départ en invalidité, on commence par demander à son employé s’il accepte qu’on lui donne un coup de fil de temps à autre pour prendre de ses nouvelles. Si les rapports ne sont pas optimaux avec le gestionnaire, on peut désigner un collègue ou un superviseur avec qui l’employé est plus à l’aise.

Au premier appel téléphonique, on s’informe simplement de son état de santé et on lui rappelle de remplir les formulaires d’assurance pour éviter les retards de traitement, par exemple. Cela permettra d’établir un premier contact et de vérifier s’il a des préoccupations auxquelles on pourrait répondre. Si l’on sent que l’employé en invalidité est suffisamment réceptif, on en profite pour lui donner de l’information sur les ressources qui peuvent lui être utiles. On lui demande aussi s’il souhaite que l’on prenne de ses nouvelles occasionnellement. Lorsque les choses semblent se tasser de son côté, on commence à lui donner quelques nouvelles du bureau, à l’inviter à des fêtes ou des événements spéciaux et à planifier son retour au travail.

Résoudre les problèmes qui ont mené à l’invalidité

Le Dr François Baumann, médecin généraliste et auteur d’ouvrages sur le surmenage, affirme quant à lui que « si l’on ne cherche pas à savoir ce qui, dans le travail, a participé à la détérioration de l’état de santé d’une personne, on la remet à risque4 ». Si l’invalidité est liée au travail ou au milieu de travail, il importe que les problèmes qui y ont mené soient résolus ou en voie de l’être au moment du retour de l’employé5, car la réintégration en sera compromise. Il pourrait être indiqué de modifier entre autres les tâches de l’employé, d’alléger sa charge de travail, de l’affecter à un nouveau poste ou de modifier son horaire de travail.

Planifier le retour progressif

Le retour progressif consiste à augmenter progressivement les jours de travail ou les tâches à accomplir en fonction de la capacité d’intégration. Il s’agit de la mesure d’accommodement la plus répandue. Elle est reconnue pour ses effets bénéfiques et a l’avantage de consolider l’état de santé de l’employé . Pour réussir un retour progressif après une période d'épuisement professionnel, l’employeur doit miser sur le rétablissement plutôt que sur les objectifs de rendement. Il importe néanmoins de l’utiliser judicieusement et de ne pas en faire une norme6.

Accueillir l’employé qui reprend le travail

L’attitude positive de la direction par rapport au retour de son employé favorisera la réintégration. Dès le départ en invalidité, il est aussi bon de solliciter le soutien des autres employés. Cela se traduira par exemple par un envoi de fleurs, des mots d’encouragement7, le maintien du contact pendant l’invalidité ou autre. Dans les premiers jours suivant le retour au travail, les personnes qui sont plus proches peuvent mettre l’accent sur les qualités de la personne et sur ses ressources afin de favoriser son estime d’elle-même, nettement touchée lors d’un épuisement professionnel ou d’une dépression8. La recette est simple, on agit comme on aimerait être traité : on écoute, on s’intéresse et on a du plaisir avec la personne qui revient au travail. On peut également désigner un ou une collègue pour soutenir la personne pendant les premiers temps.

Mieux vaut prévenir…

Un peu de prévention permet parfois d’éviter les absences prolongées pour épuisement professionnel. Il est donc préférable de rencontrer les employés qui montrent des signes avant-coureurs afin de prévenir leur absence prolongée, réduire la durée des invalidités ou favoriser le retour au travail9.

Il serait bon aussi d’offrir de la formation sur la santé mentale au travail à tous les employés et membres de la direction afin que tous comprennent qu’ils jouent un rôle crucial dans la prévention ou le rétablissement de leurs collègues en situation d’épuisement professionnel10.

Voilà donc quelques-unes des actions qui peuvent favoriser un retour réussi après une invalidité. Libre à vous de les adapter ou d’en créer d’autres. L’important est de mettre toutes les chances de votre côté (et de celui de l’employé) pour que la réintégration soit réussie.

Définition de l’épuisement professionnel*

Bien qu’il ne soit pas répertorié comme une maladie mentale, l’épuisement professionnel permet difficilement de rester mentalement et physiquement sain. Il s’agit d’une forme d’épuisement physique, émotionnel et mental qui découle de conditions de stress intense et constant au travail. Contrairement à la croyance populaire, l’épuisement professionnel tend à affecter les personnes qui sont enthousiastes et énergiques, dont les objectifs personnels sont ambitieux, et qui ont un niveau élevé d’engagement personnel au travail.

*Tiré du guide Prévention et bien-être au travail

RESSOURCES

1. Bérubé, Marie. Burnout : Comment faciliter le retour au travail d’un(e) collègue, publié sur oserchanger.com

2. Lambert-Chan, Marie. Réussir le retour au travail, publié le 13 décembre 2011 sur LaPresse.ca

3. Guide DESJARDINS ASSURANCES. Prévention et bien-être au travail : Pour une gestion efficace de la présence au travail, Guide du gestionnaire. Avril 2015

4. Vigneault, Alexandre. Se relever d’un burnout publié sur LaPresse.ca le 1er avril 2016

5. Idem

6. Guide DESJARDINS ASSURANCES. Prévention et bien-être au travail : Pour une gestion efficace de la présence au travail, Guide du gestionnaire, avril 2015.

7. Lambert-Chan, Marie. Réussir le retour au travail, publié sur LaPresse.ca le 13 décembre 2011

8. Bérubé, Marie. Burnout : Comment faciliter le retour au travail d’un(e) collègue, publié sur oserchanger.com

9. Guide DESJARDINS ASSURANCES. Prévention et bien-être au travail : Pour une gestion efficace de la présence au travail, Guide du gestionnaire. Avril 2015

10. Lambert-Chan, Marie. Réussir le retour au travail, publié le 13 décembre 2011 sur LaPresse.ca

AUTRES RESSOURCES

COMMISSION CANADIENNE DES DROITS DE LA PERSONNE. Guide de la gestion du retour au travail Lien externe au site. S’ouvre dans une nouvelle fenêtre.

DESJARDINS ASSURANCES. Guide de la santé mentale en milieu de travail S’ouvre dans une nouvelle fenêtre..